La consommation de drogues par injection

29 mars 2016

La consommation de drogues par injection – un phénomène dynamique

Ce billet est issu d’une publication par l’auteure et ses collègues (Roy et coll., 2016).

Les profils de consommation de drogues varient grandement au fil du temps, tant au niveau des substances privilégiées que de leurs modes de consommation. De par ses effets beaucoup plus rapides et intenses comparativement aux autres modes de consommation, l’injection de drogues augmente les risques de développer une dépendance et peut amener l’usager à progresser vers une utilisation plus sévère telle que la polyconsommation. De plus, les utilisateurs de drogues par injection (UDI) sont exposés à un risque accru d’effets indésirables sur leur santé comme les surdoses, les troubles psychiatriques ainsi que les maladies infectieuses transmises par le sang telles que celles causées par le VIH et le virus de l’hépatite C.

Dénombrement des utilisateurs de drogues par injection

Selon une récente estimation réalisée à Montréal, une baisse significative du nombre d’UDI a été observée entre les années 1996 et 2009-2010. En effet, il était estimé qu’il y avait 11 700 UDI à Montréal en 1996 alors qu’il y en avait 3 910 entre 2009 et 2010, représentant une baisse de 66% du nombre d’UDI sur une douzaine d’années dans la métropole (Leclerc et coll., 2014). Quoique les raisons exactes de cette baisse soient inconnues, des effets générationnels pourraient être en cause. En effet, il est possible que la nouvelle génération de consommateurs de drogues ait choisi de privilégier la consommation d’autres substances, les nouvelles drogues de synthèse par exemple, qui sont habituellement consommées autrement que par injection. Il est également possible que les nouveaux consommateurs de drogues plus traditionnelles, comme la cocaïne ou l’héroïne, aient privilégié d’autres modes de consommation que l’injection après avoir été témoins des conséquences indésirables associées à cette pratique. D’ailleurs, selon l’étude d’estimation menée à Montréal, les UDI âgés de moins de 30 ans étaient environ deux fois moins nombreux entre 2009 et 2010 (18%) qu’en 1996 (36%), suggérant une diminution de l’initiation à l’injection chez les jeunes. Les tendances du marché local pourraient également expliquer ce déclin, la consommation du crack qui se fait le plus souvent par inhalation semblant être plus populaire depuis les années 2000.

Les tendances

En termes de santé publique, le déclin de l’injection de drogues est une bonne nouvelle. Toutefois, il ne faut pas oublier que les tendances de consommation de drogues sont cycliques, la popularité d’une substance ou d’un mode de consommation comme l’injection pouvant varier dans le temps. Il est donc possible qu’après la baisse observée, l’injection de drogues augmente à nouveau, la génération de consommateurs à venir pouvant ne pas être consciente des conséquences néfastes y étant associées. De plus, la popularité grandissante de l’usage non médical d’opioïdes d’ordonnance en Amérique du Nord pourrait avoir un impact sur les modèles de consommation. Des études menées aux États-Unis montrent en effet que la consommation récréative d’opioïdes d’ordonnance semble associée à une augmentation de l’initiation à l’injection de drogue (Roy et coll., 2016). Au Québec, on ne dispose pas d’information sur le sujet. Toutefois, il a été observé que l’injection de ces médicaments était très fréquente chez les usagers de la rue (Leclerc et coll., 2013). Ainsi, les profils de consommation, auparavant dominés par l’usage de cocaïne et d’héroïne, semblent être en train de changer chez les UDI du Québec.

En somme, quelques indices font craindre une possible recrudescence de l’injection de drogues dans les années à venir à Montréal et peut-être dans d’autres régions. Les changements constants dans les tendances de consommation démontrent la nécessité de développer et d’implanter un système de monitorage qui permettrait de documenter ces tendances dans la population générale, ainsi que les conséquences de ces consommations sur la santé des usagers.

Élise Roy est titulaire de la Chaire de recherche en toxicomanie à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, Campus Longueuil

Références suggérées :

Leclerc P, Morissette C, Tremblay C, et coll. Le volet montréalais du Réseau SurvUDI. Volume 3 – Données au 31 mars 2011. Montréal (QC) : Direction de santé publique –Agence de la santé et des services sociaux de Montréal; 2013. http://www.dsp.santemontreal.qc.ca/publications/publications_resume.html?tx_wfqbe_pi1%5Buid%5D=1706

Leclerc P, Vandal A, Fall A, et coll. Estimating the size of the population of persons who inject drugs in the island of Montréal, Canada, using a six-source capture-recapture model.

Drug Alcohol Depend. 2014;142:174-180. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25008106

Roy É, Arruda N, Bruneau J, et coll. Epidemiology of Injection Drug Use: New Trends and Prominent Issues. The Canadian Journal of Psychiatry. 2016;61:136-144. DOI: 10.1177/0706743716632503.

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