De l’accès au matériel d’injection

30 mars 2017

Auteur : Anik Tremblay

La concertation entre les personnes utilisatrices de drogues injectables, les policiers, les intervenants en réduction des méfaits, les citoyens et les commerçants comportent des avantages qui vont bien au-delà de la prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

L’accès au matériel stérile d’injection et d’inhalation, comme stratégie de réduction des méfaits, et l’application des lois ne vont pas toujours de pair.   Certaines personnes se demandent même pourquoi offrir du matériel stérile d’injection de drogues alors que la possession, la consommation et la revente sont illégales.

La loi et l’ordre

Pour les représentants de la sécurité publique, l’usage de drogues par injection et le mode de vie de ceux qui en consomment sont souvent associés à des comportements délictueux ou qui contreviennent à certains règlements municipaux. Toutefois, l’application trop stricte des lois et des règlements incite les personnes à prendre davantage de risques dans la manière d’utiliser le matériel et d’en disposer, occasionnant des méfaits à la fois pour les personnes elles-mêmes et pour la communauté.

L’isolement social, les problèmes psychosociaux et mentaux

L’injection et l’inhalation comportent des risques importants de propagation d’infections transmises sexuellement et par le sang. En plus des risques sanitaires, l’usage de drogues par injection est souvent corrélé avec des problèmes mentaux, légaux et psychosociaux pour lesquels les consommateurs consultent peu dans les services de santé traditionnels. Les services  de réduction des méfaits ont donc développé des modes d’intervention qui tiennent compte des nombreuses facettes de l’usage de drogues par injection. Ainsi, le travail de proximité, le travail de rue, la présence d’infirmières du réseau de la santé dans les sites d’injection ou les locaux de distribution de matériel, la référence et l’accompagnement permettent un rapprochement et favorisent l’accès à différents soins et services.

Au lieu de  se concentrer uniquement sur les problèmes, plusieurs programmes encouragent la participation active des consommateurs dans les activités de prévention, de promotion d’habitudes de vie à moindre risque et de défense des droits.  Ces programmes  favorisent ainsi l’insertion sociale et la participation à la vie collective.

La concertation comme pratique prometteuse

Pour favoriser une meilleure continuité dans les services et optimiser les actions préventives, il est essentiel de développer des stratégies à tous les niveaux.  Localement, la mise en place de lieux de concertation auxquels participent des intervenants des milieux de la santé, de la sécurité publique, de même que des résidents et des commerçants, permet de mieux comprendre les préoccupations et les besoins de tous.   Il s’agit d’une pratique prometteuse qui profite à tous, c’est-à-dire aux consommateurs, aux policiers, aux intervenants de la santé, aux résidents ainsi qu’aux commerçants.

En mettant en place des programmes d’accès au matériel d’injection, nous offrons  beaucoup plus que du matériel. Nous encourageons une prise en charge globale des personnes  en réduisant la criminalité, en augmentant le sentiment de sécurité des résidents et des commerçants et en contribuant à l’amélioration de la qualité de vie des consommateurs et des membres de la communauté.

Des solutions pour une meilleure cohérence

Au Québec, des initiatives de collaboration ont inspiré la production d’un guide et d’une série de capsules vidéo intitulée Vers une meilleure cohérence des interventions en matière de santé et de sécurité publiques auprès des personnes utilisatrices de drogues par injection. Des outils qui peuvent facilement être consultés (en français et avec sous-titrage en anglais) à partir du site de l’AIDQ.


Anik Tremblay est conseillère-cadre aux Affaires cliniques de l’Association des intervenants en dépendance du Québec.

 

Référence:

Association des intervenants en dépendance du Québec. Vidéo Vers une meilleure cohérence des interventions en matière de santé et de sécurité publiques auprès des personnes utilisatrices de drogues par injection. 2016.

 

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