Impacts et conséquences de la consommation de cannabis sur les milieux de travail : faits saillants d’une revue de littérature

19 avril 2018

À l’automne 2017, l’AIDQ demandait à l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD) de réaliser une revue de littérature sur les impacts et conséquences de la consommation de cannabis en milieu de travail. Réalisée principalement par Akram Djouini, la revue de littérature a été livrée en janvier 2018 et présentée aux membres du comité permanent sur la consommation et la dépendance en milieu de travail de l’AIDQ. Voici quelques faits saillants de cette revue de littérature.

Précisons d’abord que les études qui se sont intéressées aux impacts de la consommation de substances psychoactives sur les milieux de travail sont peu nombreuses et encore moins quand il est question de cannabis.

Quelques données sur la prévalence

Après l’alcool et le tabac, le cannabis est la substance psychoactive (SPA) la plus consommée au Québec et au Canada. Selon les données du dernier rapport de l’Institut national de santé publique, en 2014-2015, 15,2 % des Québécois âgés de 15 ans et plus ont consommé du cannabis au cours de la dernière année. Selon les résultats de l’Enquête québécoise sur la santé de la population de l’Institut de la statistique du Québec réalisée en 2016, 15,8 % des Québécois qui ont consommé du cannabis au courant des douze derniers mois étaient des travailleurs.

Pourquoi les travailleurs consomment-ils?

Parmi les facteurs liés aux conditions de travail susceptibles d’avoir un impact négatif sur le bien-être d’une personne au travail, le stress est très souvent évoqué et aurait un impact sur l’usage de SPA, bien qu’il demeure difficile de mettre en évidence la relation directe entre le stress au travail et l’usage de drogues. D’autres facteurs liés aux conditions de travail semblent avoir un impact sur la consommation de SPA. Parmi eux, les horaires de travail, lorsqu’ils sont irréguliers, trop intenses ou de nuit, semblent être liés à la consommation. Par ailleurs, le froid, la chaleur ou les dangers auraient aussi un impact sur la consommation, tout comme les situations de conflits ou de harcèlement au travail. Enfin, l’ennui et l’insatisfaction au travail sont souvent cités comme des facteurs susceptibles de favoriser la consommation.

Sur le plan de la culture organisationnelle, la littérature souligne que les comportements de consommation et les attitudes envers les SPA au sein d’un groupe professionnel influencent les habitudes d’usage des travailleurs. Une étude (Beck, 2013) révèle que 40 % des employés ont consommé de l’alcool avec des collègues à la sortie du travail. Les normes sociales que partagent les collègues en entreprise semblent également avoir un impact sur la consommation. Ainsi, les études qui ont examiné les habitudes de consommation des employés et l’influence du jugement porté par leurs collègues sur leur consommation pendant le travail, montrent que plus l’usage de SPA était accepté des collègues, plus leur niveau de consommation était élevé.

Les conséquences et impacts de la consommation

Plusieurs revues systématiques et méta-analyses ont démontré que la consommation de cannabis pouvait avoir à court terme des effets sur plusieurs fonctions cognitives et par conséquent, des impacts sur les performances des travailleurs. Les résultats de ces revues ont effectivement démontré que les aptitudes et capacités cognitives, telles la vigilance, la coordination, le temps de réaction, la capacité d’accomplir plusieurs tâches, les perceptions, le traitement de la pensée, le jugement et la perspicacité, peuvent être altérées par la consommation de cannabis. Ces effets peuvent s’accroître avec l’augmentation des doses utilisées. Aussi, ces revues de littérature suggèrent, bien que le lien causal soit difficile à démontrer, que les effets aigus du cannabis affecteraient les compétences cognitives requises en matière de sécurité au travail, en particulier lorsque l’employé exécute des tâches à risque.

Au-delà de l’augmentation du risque d’accident au travail, la consommation problématique de SPA peut avoir des effets négatifs sur d’autres sphères, tels que l’absentéisme, le chiffre d’affaires, et les mesures disciplinaires. Selon une enquête albertaine menée auprès de 1 890 travailleurs, les problèmes les plus fréquemment rapportés sont l’absentéisme (39 %), les retards (23 %), la sous-utilisation des capacités normales de travail (23 %) ou une baisse de qualité du travail (15 %).

Les fameux tests de dépistage

Le recours aux tests de dépistage de drogues en milieu de travail a connu une croissance mondiale en réponse aux risques liés à la sécurité et à la productivité. En 2004, près de la moitié de la main-d’œuvre américaine (48,8 %) a déclaré que son employeur utilisait une forme quelconque de dépistage de drogues. Ces tests seraient utilisés par plus de la moitié ou les deux tiers des grandes entreprises américaines et 80 % des entreprises les plus performantes disposeraient d’un programme de dépistage des drogues. Au Canada, une étude a révélé qu’environ 10,3 % des employeurs de 100 employés ou plus avaient mis en place des programmes de dépistage des drogues, avec des taux plus élevés dans l’industrie de la construction et des transports. Important à noter, tous ces tests ne permettent pas de déterminer si les capacités d’une personne sont affaiblies au moment du dépistage. Ils mesurent seulement la présence de SPA dans les fluides corporels sans pouvoir préciser avec certitude à quel moment ou quelle quantité a été consommée.

Prévenir plutôt que guérir…

La revue de littérature rapporte aussi des résultats de programmes de prévention des facultés affaiblies en milieu de travail. Ils vont de la sensibilisation aux effets des substances, en passant par les programmes qui visent les saines habitudes de vie, le soutien social, les interventions brèves individuelles ou les interventions par internet.

On en parle peu. Pourtant, les utiliser semble efficace. Si ces pratiques étaient plus répandues, elles décourageraient la consommation en milieu de travail, au moins autant sinon davantage que l’utilisation des fameux tests de dépistage.


 

Lisa Massicotte est directrice générale de l’AIDQ. Présente dans le réseau de la santé et des services sociaux depuis près de 30 ans, elle a occupé des postes de professionnelle, puis de gestionnaire, dans le domaine des communications, de la gestion, du conseil stratégique et de la vie associative.

1 Commentaire

  1. Commentaire par adeline le 30 mai 2018 à 11 h 27 min

    les consommateurs excessifs de drogues occupant un emploi ne représentent plus un phénomène marginal : les addictions sont devenues un problème de sécurité au travail d’importance croissante. Or, la consommation de drogues au travail ou lorsque leurs effets se prolongent sur le lieu de travail, met en cause la coresponsabilité de l’employeur en ce qui concerne la sécurité : La prévention des addictions aux drogues au travail ; lien : http://www.officiel-prevention.com/sante-hygiene-medecine-du-travail-sst/service-de-sante-au-travail-reglementations/detail_dossier_CHSCT.php?rub=37&ssrub=151&dossid=342