La légalisation du cannabis et les adolescents dépendants

22 juin 2017

Auteur : Miguel Therriault

La légalisation prochaine du cannabis a suscité bien des questionnements au cours des derniers mois, à juste titre. Plusieurs personnes se sont exprimées par divers moyens sur le sujet, alors que des experts se sont prononcés sur les avantages et les écueils possibles de sa commercialisation. Avec Jessica Bergeron, stagiaire en psychoéducation au centre Le Grand Chemin (LGC), je me suis intéressé à la perception des intervenants sur les impacts que pourraient avoir la légalisation du cannabis sur leur travail auprès d’adolescents ayant un trouble d’utilisation des substances. Jessica a rencontré quelques collègues du centre pour recueillir leur vision d’une prochaine légalisation du cannabis.

D’entrée de jeu, j’aimerais préciser que, au cours de l’année 2015-2016, 95,9 % des 231 jeunes ayant été traités au centre LGC consommaient régulièrement du cannabis. Une problématique déjà au centre des préoccupations des cliniciens, qui intervienne auprès d’une clientèle, qui nécessite un service de traitement de forte intensité.

Dans un premier temps, les cliniciens ont souligné que les personnes mineures ne pourraient pas se procurer de cannabis légalement. Et ce n’est pas parce qu’un psychotrope est légal qu’il est plus facile pour un adolescent de s’en procurer. La Fondation Jean Lapointe nous en a démontré tout le contraire, dans la courte vidéo Acheter de la drogue… plus facile qu’on le croit, accessible sur YouTube. On y voit quatre jeunes se procurer plus facilement de la drogue que des cigarettes. Ceci étant dit, la grande majorité des adolescents qui reçoivent des services au centre LGC sont des consommateurs réguliers de tabac… fourni par les parents! Ce n’est donc pas non plus parce qu’il est illégal de s’en procurer que la drogue est inaccessible à la clientèle jeunesse.

En outre, le personnel du centre LGC précise qu’il n’est pas garanti que la légalisation du cannabis va mettre fin au marché noir. Plusieurs facteurs influenceront l’offre illégale, comme le coût du produit et l’accessibilité des lieux de vente. On peut s’attendre à une certaine concurrence entre les groupes criminalisés et l’État, concurrence qui pourrait faire augmenter l’offre totale et, ultimement, l’accessibilité au produit.

La légalisation aura assurément comme impact, d’une part, de rendre le cannabis plus visible et, d’autre part, de rendre plus socialement acceptable sa consommation. Selon les intervenants questionnés, cette acceptabilité deviendra problématique si elle génère une tolérance face à la consommation du cannabis chez les adolescents, comme c’est le cas pour la nicotine et l’alcool. Sans compter que le cannabis représente un risque important pour le développement cognitif et la santé mentale de l’adolescent; les intervenants sont à même de l’observer au quotidien.

Pour le personnel du Grand Chemin, éviter cette « banalisation » auprès des jeunes et de leurs familles deviendra un point de mire, non seulement pour prévenir la consommation, mais pour éviter que les demandes de services soient sollicitées tardivement et que le problème ne devienne plus lourd. Dans cette optique, il faudra transmettre des informations complètes sur les risques associés au cannabis.

Personnellement, la « commercialisation » du cannabis m’inquiète. Les adolescents sont particulièrement vulnérables à la publicité, qu’elle soit positive ou négative. Les jeunes seront-ils exposés à une publicité agressive comme celle de la SAQ avec sa carte Inspire ou comme celle de la cigarette où l’on voit les gens souffrir? Je pense que ce dont les jeunes et les familles auront besoin, c’est d’une véritable information et des actions de prévention ciblées et concertées, afin d’inciter les jeunes à ne pas consommer ou à retarder l’âge du début de la consommation du cannabis.

Et vous qu’en pensez-vous?

Miguel Therriault est coordonnateur des services professionnels aux centres Le Grand Chemin

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