Légalisation du cannabis interventions

8 juin 2017

Auteur : Anik Tremblay

Légalisation du cannabis : quelles sont les préoccupations en matière d’intervention?

La consultation menée par le gouvernement fédéral à l’été 2016 en prévision de la légalisation du cannabis nous a amenés, comme Association dédiée au soutien à l’intervention, à nous demander s’il était possible d’avoir un point de vue représentatif de l’ensemble de nos membres.  Les quelques consultations menées sur le dossier ont rapidement mis en évidence la difficulté, voire l’impossibilité, de rallier tous les points de vue autour d’une seule position.

Depuis, le gouvernement du Canada a rendu public son Cadre pour la légalisation et la règlementation du cannabis qui repose principalement sur une perspective de santé publique.  Pour les personnes préoccupées par l’usage de drogues et l’impact des politiques sur les problèmes associés à l’usage de substances, il s’agit d’une bonne nouvelle. Pour d’autres, la question de la production et de la distribution constituent des enjeux cruciaux. Conscients des profits que peut engendrer la vente du cannabis et de ses dérivés, certains acteurs craignent que le gouvernement provincial s’inspire du modèle des sociétés d’État, comme la Société des alcools du Québec (SAQ) et Loto-Québec, pour mieux encadrer la vente du produit.

Les avis sont partagés quant à l’impact que la légalisation du cannabis peut avoir sur la population. Selon un récent sondage CROP, les Québécois sont plus réticents que les résidents des autres provinces à l’égard de ce projet de loi. Avec la légalisation, peut-on s’attendre à ce que le portrait de la consommation change? Faut-il s’attendre à une augmentation du nombre de consommateurs? de problèmes de consommation? de consommation précoce? de conducteurs automobiles sous influence sur nos routes? Faut-il croire, comme certains le pensent, qu’en légalisant le produit, on en banalise l’usage ou le considère comme inoffensif?

Pour contrer ces risques, les recommandations abondent. On rappelle notamment qu’il est primordial d’encadrer l’âge légal de consommation. À ce sujet, certains croient qu’il faut de s’appuyer sur les données de la recherche neurobiologique et ainsi retarder l’âge légal d’accès au produit à 25 ans.  D’autres stipulent qu’il est préférable d’être pragmatique pour limiter le maintien de la revente illégale. Les avis concernent aussi les produits dérivés qui, selon certains, doivent être évités, alors que pour d’autres il faut en limiter l’accès aux jeunes. Le contrôle des heures d’ouverture et des points de vente au cannabis préoccupe également, de même que la quantité  de THC dans le produit. Alors que certains croient qu’une teneur trop faible en THC pourrait encourager les personnes à fumer plus ou à se tourner vers d’autres produits, d’autres sont d’avis qu’une teneur en THC trop élevée risque d’entraîner davantage de psychoses et de dépendance.

Lectures, échanges et consensus

Quelques consensus ressortent cependant des lectures et des échanges réalisés sur le sujet.  D’abord, il est essentiel que la recherche soit associée de près et analyse les impacts de l’entrée en vigueur de la loi.  Les informations diffusées auprès de la population doivent être continues, justes et basées sur les données probantes. On rappelle aussi qu’il faut porter une attention particulière à certaines clientèles spécifiques comme  les jeunes (les enfants et adolescents), les femmes enceintes, les personnes qui ont des problèmes mentaux et les personnes itinérantes et sans domicile fixe. Les stratégies et les approches d’intervention, qu’elles soient en prévention, en intervention précoce ou en traitement seront différentes et devront s’appuyer sur les meilleures pratiques. En effet, la légalisation du cannabis nous rappelle qu’il faut aborder le sujet avec toutes les nuances, subtilités et spécificités propres à chaque clientèle.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Au cours des prochaines semaines, plusieurs membres de l’AIDQ et experts ont généreusement accepté de contribuer à la réflexion sur le blogue de l’AIDQ.  Ces réflexions font suite aux textes publiés par Serge Brochu et Jean-Sébastien Fallu en 2016.  Nous vous invitons à réagir, à commenter et à proposer vos idées dans le présent Blogue et les subséquents.

Anik Tremblay est conseillère cadre aux affaires cliniques de l’Association des intervenants en dépendance du Québec.


Références :

Légaliser le cannabis afin de mieux contrôler, 21 avril 2016, Serge Brochu, https://aidq.org/2016/04?post_type=blogue

Légalisation du cannabis : trois questions-clé, 5 mai 2016, Jean-Sébastien Fallu, https://aidq.org/2016/05?post_type=blogue

Centre virtuel de documentation AIDQ  https://aidq.org/reduction-des-mefaits/carrefour-dinformation-reduction-mefaits/centre-virtuel-de-documentation/cannabis

 

 

1 Commentaire

  1. Commentaire par Sigouin Msrie le 13 juin 2017 à 0 h 10 min

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