Doit-on appliquer, développer une intervention spécifique à la dépendance au cannabis?

7 septembre 2017

Auteur : Candide Beaumont

La légalisation imminente du cannabis non prescrit sur ordonnance (prévue au Canada pour le 1er juillet 2018) soulève plusieurs interrogations. Sans doute à juste titre,  les préoccupations du milieu de l’intervention portent sur la prévention de la consommation problématique et de la dépendance chez les jeunes.  En corollaire, et bien qu’il faudra attendre quelques années pour connaître l’impact de la légalisation sur la prévalence de la dépendance, on s’inquiète de l’augmentation du nombre de dépendants au cannabis et du manque de ressources pour les desservir.  On entend souvent aussi des inquiétudes concernant  la sécurité routière (il y aurait 48% plus d’accidents au Colorado depuis la légalisation).

On s’inquiète de la banalisation de la consommation de cannabis,  du transfert de dépendance, de la multiplication de problèmes chez les personnes déjà dépendantes à d’autres substances et de celles qui vivent un trouble mental. On se réjouit du fait que les  dépendants pourront parler plus librement de leur consommation de cannabis, ce qui pourrait faire en sorte qu’ils se sentent plus en sécurité de s’inscrire dans un processus de rétablissement et en confiance d’aborder le sujet  pendant le traitement.

Encore plusieurs inconnus… mais toutes ces réflexions nous ont menés à nous demander s’il ne faudrait pas profiter de l’intérêt autour du sujet de la légalisation du cannabis pour ajuster nos interventions et programmes de manière à ce qu’ils répondent mieux et plus spécifiquement à la dépendance à cette substance.

Certains intervenants nous ont dit que la légalisation ne changerait sans doute rien aux pratiques actuelles, sauf bien entendu en ce qui a trait à l’adaptation aux conséquences légales qui alourdissaient assurément le défi de réadaptation de plusieurs dépendants.  Il est vrai que, notamment selon le National Institute of Drug Abuse (NIDA), la littérature indique que les meilleures pratiques pour aborder la dépendance au cannabis sont semblables à celles aux autres substances, soit :

  • les approches motivationnelles
  • la gestion des contingences
  • la thérapie cognitivo-comportementale.

Mais l’application de ces approches à des dépendants au cannabis n’exige-t-elle pas des connaissances spécifiques des effets de la substance, du contexte de consommation, des attentes envers le produit qui peuvent être différents d’une substance à l’autre? La plupart des intervenants insistent pour parler de l’importance de la motivation dans le processus de réadaptation. Y a-t-il des aspects spécifiques à la motivation des personnes dépendantes au cannabis?  La prise de décision semble cruciale dans un processus vers la rémission. Les intervenants ont-ils suffisamment de connaissances spécifiques pour aider les dépendants à faire des choix et tenant compte de la légalisation du cannabis? Et le soutien à l’entourage devrait-il être le même que pour les dépendants à d’autres substances?  Et quel suivi de réinsertion sociale faut-il privilégier?

Bref, les intervenants évaluent-ils en savoir assez puisque peu importe l’origine de la dépendance, leur intervention demeure la même, quelle que soit la substance?

SAMHSA propose au moins trois outils spécifiques à l’intervention auprès de consommateurs :

Au Québec, avons-nous besoin de développer des outils d’intervention propres aux dépendants à la marijuana?  S’il en existe déjà, ne devrions-nous pas les partager… battre le fer pendant qu’il est chaud?

 

Candide Beaumont, M.A., psychologue, directrice clinique à l’AIDQ

cbeaumont@aidq.org 

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