Quand on mêle cocaïne et jeux de hasard et d’argent

30 janvier 2017

Est-ce que les jeux de hasard et d’argent présentent un risque chez les consommateurs de cocaïne ?

En janvier 2016, un des plus gros jackpots de l’histoire atteignant 950 millions de dollars de la loterie américaine Powerball a été mis en jeu. Que choisirait de faire l’heureux gagnant s’il raflait le gros lot ? Contre toute attente, un Américain interrogé au hasard par la chaîne télévisée Fox 5 Las Vegas a répondu : « un tas de prostituées et de la cocaïne »1.

Une réponse surprenante qui amène la réflexion! Si les conséquences liées à la consommation de cocaïne et aux jeux de hasard et d’argent (JHA) sont deux problèmes de santé publique connus, les connaissances, elles, sont limitées quant aux liens entre la consommation de cocaïne et les problèmes de jeux. Des chercheurs québécois se sont penchés sur la question et se sont demandé à quel point les consommateurs de cocaïne ont des problèmes de jeu et vivent des conséquences négatives liées à cette pratique. Leurs résultats pourraient contribuer à mieux outiller les intervenants et les centres communautaires dans leurs interventions auprès de cette population vulnérable.

La professeure Magali Dufour, chercheure spécialiste en jeu pathologique, et ses collègues ont réalisé une étude originale2 auprès de 424 consommateurs réguliers de cocaïne par injection ou fumeurs de crack3 du centre-ville de Montréal qui fréquentent un centre d’aide communautaire. Chaque entrevue d’une heure et demie a permis de déterminer le profil des participants quant aux activités de jeux de hasard et d’argent, aux problèmes de jeu, à la consommation de drogue et d’alcool et certains problèmes de santé mentale.

Selon leurs résultats, plus de la moitié (56,6 %) des consommateurs de cocaïne ont participé à des activités de JHA au cours de la dernière année. Les plus populaires sont, dans l’ordre : les billets de loterie; les prix instantanés ou cartes à gratter (appelées aussi « gratteux »); les appareils de loterie vidéo dans les bars. Ces données corroborent les résultats d’études réalisées précédemment; ces JHA étant facilement accessibles et à bas prix, ils deviennent des cibles de choix pour les clientèles vulnérables.

Facteurs de risque, dépistage et traitement

Fait intéressant, l’étude a permis d’identifier les facteurs de risque chez les consommateurs de cocaïne qui vivent déjà des conséquences négatives relatives aux jeux de hasard et d’argent. Ainsi, l’envie irrépressible de s’adonner à des jeux de hasard et d’argent peut être, soit une réaction à un événement douloureux, soit une perception erronée de ses chances à regagner l’argent perdu, ou encore la perte d’un gros montant d’argent.

Selon l’étude, même si pour la plupart le jeu reste sans danger, c’est presque un consommateur de cocaïne joueur sur cinq qui vit des conséquences négatives relativement aux JHA, par exemple des difficultés financières pour le joueur ou sa famille ou de problèmes de santé comme le stress ou l’anxiété. Il y a donc lieu de se préoccuper des problèmes de jeux chez les consommateurs de cocaïne.

Bien que l’équipe de chercheurs insiste sur l’importance de dépister et de traiter les problèmes de JHA chez la population vulnérable consommatrice de cocaïne par injection ou de crack, leur étude met aussi en avant les difficultés d’accès aux programmes de réduction des risques liés au jeu pathologique pour ces personnes. De plus, même si pour la plupart le jeu reste sans danger, c’est presque un consommateur de cocaïne joueur sur cinq qui vit des conséquences négatives relatives aux jeux de hasard et d’argent.

D’ailleurs, les auteurs rappellent que d’autres spécialistes du domaine avaient déjà tiré la sonnette d’alarme à ce sujet en 20134. L’étude de Magali Dufour est toutefois une des premières à avancer cette problématique d’actualité encore trop ignorée, qui encourage l’amélioration de la prise en charge des consommateurs de cocaïne en matière de jeu pathologique.

_____________________________

Adèle Morvannou est psychologue de formation, candidate au doctorat en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke et étudiante à la Chaire de recherche en Toxicomanie.

Marc-Antoine Nolin est étudiant à la maitrise en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke et étudiant à la Chaire de recherche en toxicomanie.

Photo accompagnant ce texte: Marc-Antoine Nolin


Références

1 http://www.quoidenews.fr/2016/01/11/reponse-embarrassante-joueur-loto/

2 Dufour, M., Nguyen, N., Bertrand, K., Perreault, M., Jutras-Aswad, D., Morvannou, A., Bruneau, J., Berbiche, D., & Roy, E. (2016). Gambling problems among cocaïne users in community. Journal of Gambling Studies. 32(3): 1039-1054.

3 Le crack correspond à de la cocaïne sous forme de base libre (free base) et se présente sous forme de petites roches. L’usager en inhale la fumée après avoir chauffé ces roches.  Cette opération provoque des bruits de craquement, à l’origine de son nom.

4 Holdsworth, L., & Tiyce, M. (2013). Untangling the complex needs of people experiencing gambling problems and homelessness. International Journal of Mental Health and Addiction, 11(2), 186–198.

 

 

Pas encore de commentaires.