Lettre ouverte – Déconfinement : pas pour tout le monde

28 mai 2020

Le déconfinement s’amorce au Québec. Malheureusement, pour plusieurs, le confinement continuera. Le confinement derrière le mur du silence. Derrière ce mur, se trouvera des personnes particulièrement fragilisées par la crise : celles vivant avec la dépendance (alcool, drogues, médicaments, jeux de hasard et d’argent ou hyperconnectivité). 

En temps de crise, l’usage de substances et la pratique de jeux de hasard et d’argent ainsi que la connectivité aux écrans augmentent. Les personnes isolées et stressées – comme une grande partie de la population pendant une pandémie – se tournent souvent vers un soulagement temporaire pour échapper à leurs émotions négatives. Pour les personnes dépendantes s’ajoutent souvent un sentiment de honte, elles se taisent. Nous devons être à l’écoute pour briser cet isolement. 

Nous saluons la décision de santé publique que le gouvernement a prise en augmentant l’appui aux organismes d’accueil en dépendance, à hauteur de 3M$. Couplée aux messages du ministère de la santé relayés sur les réseaux sociaux, il s’agit d’une reconnaissance de l’importance de la question en temps de pandémie.

Le trouble lié à l’usage de substances et du jeu est l’un des problèmes de santé et de société le plus marqué négativement. Les personnes vivant avec une dépendance sont déjà marginalisées et trop souvent mal desservies par les services de santé, en grande partie à cause des préjugés. Parmi ces préjugés persistants, on retrouve la croyance, erronée, que la dépendance est le résultat d’un caractère faible et de mauvais choix. Le consensus scientifique explique la dépendance par plusieurs facteurs dont les traumatismes psychiques, la défavorisation, mais aussi par les politiques publiques en vigueur ainsi que différents facteurs et mécanismes neurobiologiques. 

Le soutien des proches et du milieu est crucial dans un processus de mieux-être. Le rejet et les préjugés risquent de générer aggravation ou rechute.   

Pendant le déconfinement et la reprise des contacts, restons à l’écoute. De nombreuses personnes souffrent en silence, par peur d’être jugées ou rejetées. Si on ne s’y attarde pas, les impacts pourraient causer beaucoup de souffrance pouvant aller jusqu’à la détresse et les idées suicidaires, les surdoses et les décès par intoxication. 

Pour s’adapter à la crise, les acteurs en santé et services sociaux adoptent des solutions créatives pour joindre les personnes les plus éloignées des services comme le traitement en ligne, des tentes dans la rue ou des repas dans les chambres pour permettre les interventions tout en assurant la distanciation.  

Aujourd’hui, plus que jamais, nous pouvons jouer un rôle auprès des personnes dépendantes. Au-delà des initiatives spécifiques qui sont nécessaires pour faire face à la situation actuelle, des gestes simples comme l’écoute, faire savoir notre présence et éviter les jugements permettent d’accompagner les personnes dépendantes sur le chemin du mieux-être. 

Surmontons le mur du silence derrière lequel sont confinés notre partenaire, notre voisine, notre ami, notre collègue. Comme les intervenants présents sur tout le territoire pour répondre avec compassion et dignité, soyons à leur écoute: le bénéfice de se déconfiner sera aussi à leur portée.

Besoin d’aide?

Drogue, aide et référence, 1-800-265-2626

Jeu, aide et référence, 1 800 461-0140

811

Signataires : Groupes oeuvrant en dépendance

Karine Bertrand, Professeure titulaire, Programmes d’études et de recherche en toxicomanie, Université de Sherbrooke 

Geneviève Côté, Présidente du conseil, Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP)

Didier Jutras-Aswad, Médecin et chercheur, CHUM et Président, Centre d’expertise et de collaboration en troubles concomitants du RUIS de l’Université de Montréal

Sylvia Kairouz, Titulaire, chaire de recherche sur le jeu, Professeure, Département de sociologie et d’anthropologie, Université Concordia

Vincent Marcoux, Directeur général, Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID)

Chantal Montmorency, Association Québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD)

Hubert Sacy, Directeur, général, Éduc’alcool

Sandhia Vadlamudy, Directrice générale, Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ)


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