
La situation des personnes en itinérance au Québec est alarmante. Entre 2018 et 2022, leur nombre a augmenté de 33 % à Montréal et de 44 % dans l’ensemble de la province. Aujourd’hui, on estime qu’au moins 10 000 personnes vivent dans la rue, et ce chiffre est probablement sous-évalué. Face à cette crise, comment garantir un accès aux soins à celles et ceux qui en ont le plus besoin ?
Le balado "La santé des personnes en situation d'itinérance : vers un système plus inclusif", produit par Médecins du Monde Canada, explore cette question en profondeur.
« Écouter avec les tympans du cœur » : une approche humaine des soins
Dr Antoine Boivin, médecin de famille et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le partenariat avec les patient·es et les communautés, met en lumière un enjeu fondamental : sans relation, il n’y a pas de soins. Le système de santé actuel fonctionne trop souvent comme un service à livrer, sans prendre en compte la réalité des patient·es.
Face aux idées reçues sur le manque de souci des personnes en itinérance pour leur propre santé, il répond : « L’art du soin, c’est aussi l’art de suspendre le jugement. Écouter avec les tympans du cœur, c’est être capable de se laisser toucher par l’autre. »
Des barrières systémiques à l’accès aux soins
La réalité des personnes en itinérance est marquée par une accumulation de difficultés :
-
Conditions de vie difficiles (froid, malnutrition, consommation, troubles de santé mentale)
-
Stigmatisation et discrimination dans le système de santé
-
Accès restreint aux soins en raison de barrières administratives et sociales
Pénélope Boudreault, infirmière et directrice des opérations nationales à Médecins du Monde Canada, rappelle une vérité essentielle : « Les personnes en situation d’itinérance sont des êtres humains qui font partie de la société. » Leur exclusion ne relève pas d’un choix individuel, mais bien d’un enchaînement de décisions politiques et structurelles.
Elle souligne notamment l'impact des difficultés d’accès aux soins en santé mentale, des logements inabordables et de la précarisation grandissante : « La situation des personnes en itinérance se dégrade, et ce n’est pas leur faute. »
Vers un système de santé plus inclusif
Comment transformer le système de santé pour qu’il réponde mieux aux besoins des personnes en itinérance ? Dr Boivin dresse un constat frappant : « On garde toutes les ressources à l’intérieur du château fort de l’hôpital et de la salle d’urgence, et on laisse brûler le village. » Il plaide pour des soins ancrés dans la communauté, qui reconnaissent la détresse et les besoins spécifiques des populations marginalisées.
Cet épisode met en lumière l’urgence d’un véritable changement de paradigme. Pour mieux comprendre ces enjeux et entendre les voix de celles et ceux qui travaillent sur le terrain,